Le profil de puissance de T.PINOT entre 2008 et 2013.

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Salut à tous,
Julien PINOT et Frédéric GRAPPE ont récemment publié une étude sur  l’évolution du potentiel
physique d’un cycliste de grand tour entre 2008 et 2013. Ce dernier n’est autre
que Thibault PINOT, frère de Julien,  TOP
10 du Tour de France 2012, Vuelta 2013 et magnifique 3ème du Tour
cette année !.. Je remercie Julien de m’avoir fourni l’étude dans le
détail me permettant d’en apprendre un peu plus sur l’évolution du potentiel de
Thibault et m’autorisant à en parler !
C’est une étude unique,  du fait que Thibault a été un des premiers Junior
Français en 2008 à utiliser un capteur de puissance. Comme il l’a déjà dit, à
la place de s’acheter des roues carbones, il a préféré quantifier et optimiser
ses plans d’entraînements  très tôt en
achetant un SRM (suivi par Jacques Décrion en junior et ses débuts pro). En parallèle
Julien, grâce à ses compétences acquises
sur le terrain avec le CC Etupes lorsqu’il était coureur,  puis à Besançon avec  F.Grappe , a pu le former et le guider efficacement
dès ses débuts à l’utilisation d’un SRM.
Thibault et Julien au CCE !
Avant de parler résultat, l’étude insiste  bien sur le fait que Thibault connaissait l’importance
d’enregistrer des fichiers avec précision en ayant un capteur toujours bien
calibré. Il faisait donc l’Offset zéro  de son SRM avant chaque sortie. De plus  Julien vérifiait 3 fois par an la bonne
calibration du SRM (méthode des poids)  pour éviter toute dérive dans l’analyse du
suivi.  Ainsi 95 % des fichiers transférés
par Thibault ont été considérés valides pour l’étude. Le logiciel d’analyse
n’est autres que WKO+, 3.0 de Training peak, que j’utilise également,  et qui  est,  pour moi le meilleur logiciel de suivi d’un
athlète dans la gestion d’une saison (précisions des analyses,  charge,  fatigue etc..).
La VO2 max de Thibault a été mesurée en 2013 à l’aide d’un
analyseur d’échanges gazeux type K4b2 lors d’un test incrémental de 25w/min et
a atteint un peu plus de 5500 ml/min ! Ramené à son poids de corps qui se
situe vers 64/65 kg pour 1,80 m, on est donc sur des valeurs de 85 mL.min.kg.  C’est une valeur très élevée qui classe
Thibault parmi les plus gros potentiels physiques actuels en
cyclisme…Concernant son temps d’entrainement + compétition, il est passé de  526 h en 2008 à 943 h en 2013 tout en
augmentant sa charge ( training load) de + de 80 %. Sa planification  est sensiblement la même d’année en année, à
savoir une coupure de 4  à 6 semaines
puis 12 semaines de fondation  à basse et
moyenne intensité ( PPG, VTT, cyclocross, route) puis des blocs mixant haute
intensité et volume à l’approche des objectifs. Chaque gros objectif  étant précédé de période d’affutage et
succédé de semaine de récupération.
Volume moy / semaine et ressenti RPE, charge TL
Une des parties les plus intéressantes de l’étude est bien
sur l’évolution de son profil de puissance entre 2008 et 2013 grâce à
l’analyse de plus de 2000 fichiers (dont  481 issus de jours de compétitions !).
Pour simplifier, j’ai réalisé un tableau permettant de retrouver en Watts/kg
ses performances entre 5 min et 4h de 2008 à 2013. L’étude analyse également
les efforts de force/vitesse entre 1 s et 30s et les intensités dites sévères
entre  30s et  5min. Je me suis attardé sur ses qualités de
grimpeur donc plutôt des intensités de type aérobie au-delà de 5
min ! 
PPR T.Pinot de 5 min à 4 h entre 2008 ( courbe orange) et 2013 ( courbe bleue)
Si on analyse l’évolution de performance sur 6 ans , on voit
que la puissance s’est améliorée de 1 à 1.2 w/kg sur toutes les durées ( soit 30
%, + 75 watts moy,  par ex d’amélioration sur des intensités de
4h ! ). C’est la puissance aérobie sur 5 min qui a explosée en premier en
2009/2010 avant d’atteindre un certain palier vers 7.2/7.4w/kg ( 480 watts)  ensuite. Pour
rappel, c’est vers 20 ans que l’évolution de VO2 max est au maximum, soit bien
l’âge de Thibault vers 2010 mais cette dernière peut encore augmenter
légèrement sur plusieurs années ensuite. On remarque que les efforts entre  20 à 60 min ont suivi cette tendance de façon
assez linéaire. C’est à partir de 2h d’effort que l’on note une certaine
divergence. En effet,  l’amélioration est
moins importante puis reprend sur des efforts de 4h pour atteindre pratiquement
5 w/kg !!!  Ce n’est en aucun cas une
faiblesse sur 2h du potentiel physique de Thibault mais bien une limite dans la
procédure d’évolution de profil de puissance. Pour qu’elle soit juste il
faudrait que pour chaque durée, l’athlète se pousse au maximum. Or les pics de
puissances sont souvent atteints en compétition et non à l’entrainement. En  passant pro, Thibault est rapidement passé sur
des courses avec  des  épreuves bien plus longues,  imposant de tenir des puissances importantes
sur 4h et plus. Les épreuves  sur le
circuit Pro permettant des pics de puissances sur 2h sont rares ! Voilà
pourquoi l’évolution des pics de puissance sur 2h est moins importante. On
pourrait donc penser que toutes ses performances puissent être encore améliorées
sur des tests bruts (sans fatigue), notamment pour faire une comparaison avec
des CP5 et CP20 min existant. Mais c’est très dur
physiquement et mentalement de faire des
tests ‘ all out ‘. Pour un pro qui enchaîne les heures et les compétitions
c’est encore moins simple à planifier.
Cette étude montre donc pour la
première fois l’évolution des performances d’un jeune  coureur de grand  Tour cycliste sur plusieurs années. Elle
permet de comprendre comment Thibault a progressé ces dernières saison et
pourquoi il  est maintenant en mesure de
figurer dans le top 10 (voir mieux) des grands Tours. On a déjà hâte d’avoir le
retour des 6 prochaines années qu’on lui souhaite encore en progression !

13 Comments

  1. Anonyme dit :

    Waw 900 h de selle… mais c'est moins que loic ruffaut. Faudra le canaliser! Encore merci pour ces supers articles. Continue surtout! Laurent

  2. Merci! En effet bonne remarque, comme le montre le tableau il ne dépasse pas 18h moy/semaine. Evidemment c'est une moyenne et lors des préparations d'objectifs les 30h/semaine y sont mais néamoins, cela veut dire que derrière il y a de la récupération et des semaines d'assimilation. Trop souvent négligées par beaucoup ! Loic sera canalisé, t'inquiètes pas! 🙂

  3. Anonyme dit :

    Que veux tu dire par semaine d'assimilation? Laurent

  4. Assimilation/affûtage: baisse de 50 % du volume mais pas trop de l'intensité, Récupération: OFF ou presque.

  5. Eric dit :

    Merci Alban pour ce très bel article. Cependant il serait intéressant ( mais probablement pas public 😉 ) de voir quels a été l'augmentation des charges au niveau de l'intensité et surtout quels exercices ont été travaillés afin d'avoir cette progression. Bien sur le volume ( horaire et intensité) des courses y est pour quelque chose mais pas seulement. Eric

  6. Bonjour Eric, l'étude ne va pas aussi loin dans le détail mais comme tu dis cela serait resté confidentiel je pense! 🙂 Alban

  7. Thomas_G dit :

    Bonjour,
    Article instructif, présentant un intérêt du capteur de P sur le long terme.
    Juste une petite faute de frappe, je pense qu'il s'agit de 5500mL/min et non pas 5500L/min.
    Merci pour toutes les informations disponibles sur votre blog.

  8. Merci pour la remarque, j'ai modifié en effet en ml/min! A 5500 l/min il aurait de quoi déposer n'importe quelle voiture!:-)

  9. Anonyme dit :

    Salut alban,
    Pour une préparation à des cyclosportives vallonnées( 150/170 km et 3000 D+) comprenant essentiellement des cotes de max 10', est il important de travailler i4 ou plutot i3 et i5? Merci d'avance

  10. Toutes les qualités doivent être travaillées à un moment ou un autre dans une suite logique de cycle de progression. NE pas trop abuser de travail au seuil limite I3/ I4, bien fatiguant et privilégier le travail qualitatif à I5 en intervals court avec beaucoup d'I2 pour assimiler.

  11. Rodolphe dit :

    Intéressant de voir l'évolution du PPR… Particulièrement celui de 2008 qui finalement est assez proche du mien (idem pour le volume) en 2014, sauf que je ne suis plus junior 😛 avec une marge de progression de plus en plus mince à ce niveau.
    Le potentiel génétique est important, mais la capacité à augmenter le volume, les charges (et surtout les encaisser !) est déterminante pour devenir professionnel… parmi les meilleurs coureurs de la planète 🙂

    PS : ne canalise pas trop Loïc quand même, histoire qu'il nous reste quelques miettes de temps en temps sur les cyclos ^^ (son frangin a l'air d'être une sacrée machine aussi)

  12. Unknown dit :

    Bonjour Alban, je me demande quel est l intérêt de ramener la vo2 max à un poids ? (comme tu le fait Pls haut) Car elle ne sera pas impacter par le poids du coureur… Pour les watts je comprends bien, mais je pens
    e que la v02max restera la même quelque soit le poids, la masse musculaire ou grasse du courreur…. Mais je me trompe peut être…?

  13. Bonjour, on ramene au poids du coureur pour se donner tout de même une idée du potentiel de performance du coureur. Il est facile d'avoir une très grosse consommation de VO2max en faisant 190 cm mais si vous faites 100 kg en parallèle vous n'avancerez pas en montagne et pas non plus sur le plat en ayant une très mauvaise aéro. Donc l'indice de VO2 max est un indicateur. SI vous avez 85 comme Pinot avec un poids de 65 kg, vous serez facile en montagne et un peu rouleur, 85 de VO2 avec 68 kg, vous grimpez aussi bien mais vous êtes aussi meiller rouleur ( Froome) et 85 de VO2 pour 61 kg ( Nibali ou Quintana) vous êtes fort qu'en montagne….

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